Partager l'article ! Le vin « fait maison » ou le festival du Château Anti-Freeze…: J’adore le vin! Et s’il y a une chose que j’aime particulièrement, c ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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J’adore le vin! Et s’il y a une chose que j’aime particulièrement, c’est essayer de nouveaux produits, souvent même provenant de pays qui ne sont pas nécessairement réputés comme étant de grands producteurs vinicoles. Et croyez-moi il y a énormément à découvrir! Le goût pour le vin comme tous les plaisirs de la table ne demande qu’à se développer autour de sensations gustatives et olfactives toutes aussi variées que complexes.
Mais voilà que depuis quelques temps, je suis confronté à un phénomène qui était très en vogue il y a une quinzaine d’années et que je croyais bien être disparu de notre mentalité québécoise. Ceux qui fabriquent leur propre vin à la maison.
J’ai toujours méprisé au plus haut point ceux qui s’adonnent à ce genre d’exercice même si c’est sans prétention et même si c’est par simple loisir. Ils contribuent, (tout comme les boutiques qui vendent les produits) par leur bricolage incertain à fausser la perception que devraient avoir les gens de l’œnologie mais ce faisant, vont aussi tenter de vous empoisonner! Ces derniers, je le regrette ne peuvent certainement pas savoir ce que c’est que du vin et seraient incapables de faire la différence entre un bon Bourgogne Aligoté et un vin d’Alsace même si leur vie en dépendait.
On a tous une connaissance qui nous écoeure avec son vin « fait maison » lors des rencontres de famille. Et on est tous pareils. Pour ne pas faire de chicane, on se plie de bonne grâce à la dégustation de ce qu’eux appellent du vin mais qui est en réalité un liquide de couleur et d’odeur incertaines souvent mal fermenté et ramassis de produits plus ou moins chimiques, j’y reviendrai. Mais pour les simples dégustateurs et les amateurs de bon vin, le Château Anti-Freeze, il passe de travers dans la gorge.
Mais de quoi diable est réellement constitué du vin « fait maison » pour que ce soit aussi mauvais? Je prends mes sources d’une entreprise à Québec, soi-disant réputée dans le domaine. Je simplifie mais je suis sûr que vous comprendrez le principe de base.
D’abord, On mélange à de l’eau distillée, de la poudre de concentré d’un soi-disant type de raisin (ou cépage) afin d’obtenir un vin qui devrait, en théorie, s’apparenter au vrai vin de cépage en Appellation Contrôlée que l’on pourrait se procurer à la Société des Alcools. De la poudre de concentré… Moi qui croyait que le vin s’obtenait toujours à partir de raisins juteux, mûris au soleil et issus d’une terre fertile et étaient pressés avec soin? Ces détails, je peux vous le garantir font toute une différence dans le goût d’un vin. Mais ici on est loin de ça.
Ensuite, il faut ajouter la levure ainsi qu’un sachet contenant différents produits (chimiques?) et attendre 5 à 7 jours. Ensuite on transfère le mout dans une tourie, on attend encore 10 jours, on ajoute encore 2 sachets de produits (chimiques?) On ajoute un clarifiant (Ah! Bon!) Et on attend encore 1 semaine avant l’embouteillage… Dire que certains « vrais vins » passent plus d’un an en barrique de chêne avant d’être embouteillés!
Résultat : le « Château Prestone est déjà prêt pour être dégusté! Shit! Ça c’est efficace comme production! Ça me rappelle les alambiques de nos grands-parents dans le temps de la prohibition.
Pour résumer, vous mélangez de la poudre dans de l’eau que vous faites fermenter! Bref, du Cool-Aid au raisin! Avec de la levure Fleishmann. C’est très chic!
Mais ce que j’ai du mal à m’expliquer, c’est que tout le monde sait que du jus d’orange fait de concentré est nécessairement moins bon que du jus Tropicana ou autre fait à partir de vraies oranges fraîchement pressées. Pourquoi diable serais-ce différent pour le vin? Parce que les gens qui font leur vin, jurent dur comme fer qu’il n’y a aucune différence entre leur vin et un vin de même cépage provenant de la SAQ. Mais peut-on continuer à croire leur bullshit?
D’abord, en ce qui concerne la poudre de raisin en question, rien ne nous prouve qu’il s’agit bien d’un concentré du cépage qui est mentionné sur le carton. Et même si c’était le cas, ça reste de la poudre tabarn…! Votre cuvée peut bien porter l’appellation Cabernet Sauvignon jusqu’à demain matin mais en réalité être constituée d’un tiers de Cabernet, et de deux tiers d’une autre merde sans que cela ne soit jamais mentionné sur l’étiquette. Les Appellations Contrôlées ne tiennent plus en artisanat! En d’autre mot, le vin maison obtenu sera toujours aux antipodes en terme de couleur, de goût et d’arôme du cépage original en Appellation Contrôlée. Les fabricants de poudre vont même jusqu’à inventer de nouveaux cépages pour mystifier les gens! Cibole! En revanche, un vin embouteillé dans une maison vinicole reconnue et sérieuse avec de vrai raisins et dans des conditions de vinifications qui ont fait leurs preuves, vous révèlera toujours de quoi il est constitué en réalité en prenant connaissance de l’étiquette et vous serez ainsi en mesure de faire un choix éclairé.
Mais pourquoi les gens qui fabriquent leur vin sont toujours aussi « gossants » avec leur maudit jus de raisin Welch’s alcoolisé? D’abord, une « batch » de vin (quel terme grossier en comparaison de cuvée ou de millésime) donne environ 40 bouteilles en 5-7 semaines! Wow! De quoi torcher à plate couture le Baron de Rotschild dans son Château en France! Et de plus, le vin « fait maison », c’est connu, vieillit très mal, même dans des conditions de température et de lumières contrôlées. Il doit être consommé rapidement. C’est pour ça qu’à moins d’être de fieffais alcooliques, ils essaient de « pedler » leur stock à tout le monde tout le temps.
Un des premiers argument à nous être servis par ces « chimistes artisans » c’est que le coût de reviens par bouteille est vraiment bas. Selon les types de poudre et l’équipement, entre 3 et 5 $ la bouteille tout compris. Ouais, sauf que si la SAQ était une entreprise privée et si le gouvernement ne percevait pas autant de taxes sur les boissons alcoolisées, les vins très respectables à environ 10$ la bouteille en ce moment (et croyez-moi il y’en a) oscilleraient eux aussi aux alentours de 5$ la bouteille. C’est donc sur ce problème qu’il faudrait se pencher non?
Et c’est pourquoi les gens qui fabriquent leur vin, ils sont fiers mais fiers, tel Artaban! Mais vous avouerez que ça fait chic lors d’une soirée de dire « Je fais mon vin, voulez-vous goûter? » Et pourtant, quand je vois sur une table bien dressée, une bouteille de vin « fait maison » ou un vin de dépanneur, je ne peux m’empêcher de penser par devers moi-même que ça fait cheap, ça fait pas de culture et très Québécois colon au fond.
Dans ma tête à moi, ce n’est pas cela prendre du vin. Le fait de déguster un vin ne devrait pas être désagréable mais au contraire une expérience gratifiante! Le vin fait maison n’est pas un vin de dégustation. C’est un vin pour ceux qui ne font aucune différence, qui ne dégustent pas et qui prennent du vin pour prendre du vin, pour l’effet peut-être? Bref, un vin de beuverie.
Mais ce que je trouve le plus triste c’est qu’à chaque fois, les invités se font prendre au jeu, on se prête à une dégustation, on goûte surtout par curiosité, mais l’aventure, au fil des années, est toujours aussi hasardeuse. Et on dit que c’est bon, comme des petits moutons pour ne pas déplaire. Je me suis moi-même fait prendre dernièrement. Il devait bien y avoir 15 ans que je n’avais pas bu du vin « fait maison » et quelqu’un de mon entourage nous est arrivé avec une bouteille. Je m’étais dit que depuis 15 ans, les méthodes se sont peut-être améliorées, la personne est peut-être plus méticuleuse que les autres lors des étapes. Mais malheureusement, l’expérience s’est avérée décevante en tout point. Le résultat était un vin rouge sans âme, sans corps, acidulé, trop jeune, pétillant comme du Champagne (Un Champagne rouge imaginez!) Vais-je enfin me dompter? Je ne peux jurer qu’on ne m’y reprendra plus. Après tout, il faut bien acheter la paix dans la famille. Et puis, la diplomatie étant l’art de dire « bon-chien, bon-chien » pendant que l’on cherche un plus gros caillou pour l’assommer! Et sur ce point, croyez-moi, j’y travaille, j’y travaille…