Partager l'article ! En cette St-Jean Baptiste, Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la rose.: Dès que cela sera possible, notre famille quittera la Be ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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Dès que cela sera possible, notre famille quittera la Belle Province pour relever de nouveaux défis dans un autre pays, probablement européen, où l’espoir et les opportunités ne sont pas des denrées aussi rares qu’au Québec. Certes, la décision de quitter le Québec est déchirante, considérant la rupture éventuelle de plusieurs relations familiales et amicales. Malgré cela, nous avons décidé de renoncer à ce que le Québec nous offre pour garantir notre bien-être familial. Bref, nous sommes navrés de ce que le Québec est devenu.
De façon inconditionnelle, nous sommes fiers d’être Québécois, mais le Québec d’aujourd’hui est méconnaissable à nos yeux. Le Québec est un terroir où la tolérance est la norme. Hélas, cette tolérance cède souvent sa place à la médiocrité. Au travail, les forces syndicales sont devenues une terreur abusive pour une économie ouverte au monde, exhortant des grèves qui détruisent fréquemment la ferveur économique d’une région. À l’école, la libéralité de certaines politiques sur les évaluations des professeurs et des étudiants manque souvent de transparence et inquiète les parents.
Dans le même sillage de la médiocrité, le Québec donne vraisemblablement trop de place à des personnages politiques aussi décrochés de la réalité que Pauline Marois ou Jean Charest. Ayant voyagé un peu, nous nous sommes aperçus que les Québécois ne savent pas vraiment ce qui se passe ailleurs dans le monde mais prétendent le savoir. Est-ce la faute de la couverture médiatique des événements hors-Québec? La convergence des forces médiatiques? Ou bien est-ce un constat d’un manque d’intérêt total de leur part? Ironiquement, on accuse souvent les Américains de leur inénarrable méconnaissance du monde qui les entoure. Bien entendu, il est évident que les autres peuples ont beaucoup à apprendre du Québec, mais nous doutons être en meilleure posture que nos compatriotes nord-américains et même européens. Pour nous, l’inconscience des Québécois est terriblement préoccupante. D’ailleurs, sans l'avoir vérifié, nous sommes convaincus que la majorité d'entre eux ne savent même pas ce que la devise «Je me souviens» signifie réellement.
En regardant quelques statistiques, on s’aperçoit que le Québec est quasiment en faillite sur plusieurs plans. Par exemple, c’est au Québec où il est le plus difficile de trouver un nouveau médecin de famille. Et que dire de l’état chaotique des routes, ponts et viaducs qui menacent de s’effondrer, et du système d’aqueduc vétuste qui crée constamment des bris de conduites d’eau, surtout à Québec et sur l’Île de Montréal. Puis la double fiscalité Québec-Ottawa, la taxe de ventes au détail qui est supérieure à toutes les autres provinces canadiennes, et j’en passe. De surcroît, nous investissons notre temps et notre argent sur des enjeux aussi anodins que le virage à droite sur une lumière rouge et la couleur de la margarine, ou sur les démembrements municipaux. Quel gaspillage! En discutant avec des gens de l’extérieur du Québec, nous avons constaté que le Québec est devenu une véritable risée politique dans le reste du monde. Est-ce que quelqu’un d’autre réalise que le Québec est de moins en moins pris au sérieux ailleurs dans le monde?
Le festival insensé du déménagement au 1er juillet est spécifique au Québec. Nous connaissons des propriétaires de logements à la fois au Québec et hors-Québec. Bien que nous sommes prêts à admettre qu’il y a de très bons locataires ici au Québec, nous sommes à même de constater que les relations propriétaires-locataires à l’extérieur du Québec sont plus harmonieuses, malgré le prix plus élevé des loyers, notamment en Europe. Le loyer hors-Québec est à un niveau tel que les propriétaires ont les moyens de maintenir les logements dans des conditions acceptables. La crise du logement que nous vivons ici ces dernières années est propre au Québec, et est accentuée par le fait que la demande de logement est essentiellement concentrée autour d'une seule date. Ailleurs, puisque le renouvellement des baux est au mois et non pour douze mois consécutifs, la demande de logement est répartie sur l’année, ce qui permet au propriétaire de restaurer les logements. En principe, contrairement à ce que certains groupes d’intérêts profèrent, les locataires sont généralement mieux traités qu’au Québec.
Revenons à l’éducation. Le gouvernement du Québec s’est engagé envers nos jeunes pour leur permettre d’aller suivre des cours au niveau collégial et universitaire à bas prix. L'objectif est de ne pas produire des gradués surendettés. L’envers de cette médaille est que la dynamique d’apprentissage est lourdement influencée par la valeur perçue de l’éducation reçue, et les frais de scolarité influent énormément sur cette perception. Par exemple, à Boston et à Montréal au niveau universitaire, les contextes pédagogiques sont très différents. Lorsqu’un étudiant paie 30 000 $ par année dans une université de Boston afin d’avoir le privilège d’assister à des cours magistraux, il écoute, s’accroche à la matière et contribue à stimuler le processus d’apprentissage. De plus, les professeurs sont, mieux rémunérés donc plus motivés et plus dédiés à la réussite de leurs étudiants qu’au Québec.
Plusieurs programmes sociaux novateurs ont vu le jour au Québec et ont suscité l’attention des autres pays du monde. Par exemple, le système de garderies à 7 $ rend plusieurs parents jaloux à l’extérieur du Québec. Sauf que, en regardant attentivement ce programme, les autres pays ont reculé en constatant les coûts qui s’y rattachent. L’implantation des garderies à 7 $ est une bonne idée, mais a-t-on vraiment les moyens financiers pour supporter ce genre de projet? Notre fille de quatre ans était sur une liste d’attente et a mis près de 3 ans pour obtenir ce service qui est prétendument «universel». Et que dire du fameux «no fault», une autre exclusivité québécoise, une idée qui date de près de 40 ans. A-t-on véritablement les moyens d’indemniser des criminels au volant? Depuis des décennies, le Québec est administré comme si nous comptions une centaine de millions d’habitants très riches. Aux dernières nouvelles, le Québec ne compte que sept millions et demi de Québécois, dont presque la moitié ne paie même pas d’impôt!
De toute évidence, et sans être démagogique, le Québec est une société distincte. L'intérêt pour la culture et la langue, l’esprit de convivialité et d’humanisme caractérisent les communautés québécoises – chose que l’on voit rarement ailleurs. Or, les autres pays du monde sont aussi dissemblables que nous. Depuis toujours, l’administration publique québécoise s’obstine à croire que nous sommes différents, et que nous devons faire les choses différemment, mais à quel prix? Cette constatation n’est pas une excuse valable pour prendre en otage une classe moyenne déjà surtaxée. Dites à un suisse ou à un belge qu’il est semblable à un français ou un allemand: la réaction risque de vous étonner. Chaque pays a quelque chose d’unique à offrir au Québec, mais le Québec ne semble pas le discerner.
En quittant le Québec, nous renoncerons à un splendide paysage et à des relations interpersonnelles inégalables. Le Québec que l’on veut reconnaître est devenu une utopie, une illusion. Nous tenons tout de même à alimenter notre culture québécoise, une fois à l’extérieur du Québec. Bien que plusieurs Québécois prétendent que l’État et l’action du législateur public sont les seules armes contre l’engloutissement d’une culture, nous croyons que la culture se préserve d’abord et avant tout au sein d’une famille. Nos enfants pourront bénéficier d’un système scolaire soutenu, apprendre le français, l’allemand et l’espagnol s’ils le veulent, dans un environnement multiethnique, où plusieurs croyances religieuses cohabitent. Le Québec vit à travers de grands rêves, qui finissent par coûter chers: une dette publique de 174 milliards de dollars qui ne cesse d’augmenter, des niveaux de taxation déraisonnables pour la classe moyenne, et quoi encore.
À regret, notre jeune famille à force d’écoeurement finira par quitter le Québec. C’est avec une profonde amertume que nous constatons que notre province natale nous a laissé tomber. Nous nous joignons à d’autres familles qui ont déjà quitté le Québec avant nous afin de retrouver l’espoir. Un jour, nous reviendrons au Québec, …peut-être. Nous avons hâte de payer des impôts et de contribuer à un pays qui nous offrira une vision moderne du monde.