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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 16:09

Depuis que je suis en âge de sortir avec des femmes, je ne prends plus de chance et je m'assois par terre. Comme ça, je ne risque pas de tomber de mon fauteuil, frappé comme Paul le misogyne en plein milieu de son chemin de Damas. Cette prudence m'a bien servi avec une certaine Bianca et une Caroline, comme elle m'est apparue bénie des dieux tout récemment avec l'in­qualifiable Madame D. Mais avec Madame D, même cette précaution ne me fut pas de suffisance et, bien que déjà à terre, je trouvai quand même le moyen de me frapper le front contre le plancher. La bosse qui m'en est restée m'autorise, je crois, à expliquer, dans un but pour ainsi dire humanitaire, ce qui s'est passé.

 

Je n'ai pas pour Madame D et sa famille la sympathie toute croche que j'ai toujours eue (et que j’éprouve encore du reste) pour Bianca. Mes convictions profondes volant à une altitude différente et ne rejoignant pas celles de la majorité des québécois, on ne me laisse jamais très, très longtemps les exprimer à ma guise devant mes conquêtes et leurs famille et de sorte qu'à presque 33 ans, je me retrouve avec de grands trous dans ma culture populaire et dans ma connaissance de la québécitude profonde dans ce qu’elle a de kétaine dans nos familles et de pas dégourdi du ciboulot ; et qui ne fait que nous enfoncer d’avan­tage dans une médiocrité si épaisse que le lard de tout ça ne peut que nous sauter aux yeux.

 

D’abord, que penser d’une femme qui n’écoute que Rock Détente (la radio que l’on entend mais que l’on écoute pas) et qui pense que la finalité de la musique en soi passe par tout ce que cette radio de merde nous serine à cœur de jour ? Car demander à quelqu'un de se définir par rapport à la musique qu'il écoute, cela constitue un beau pari ce me semble. Et ici le pari vole bien bien bas. Et pas encore repus de cette radio sirupeuse au bureau, aussitôt arrivée dans l’auto, la même sérénade facile et simplette recommence. Il faut être si tordu musicalement parlant ou être vraiment une maniaque de tout ce qui lyre dans sa médiocrité la plus béate pour ne pas avoir l'envie irrésistible de changer de poste. Ce que, toute ma honte bue, j'avoue avoir fait à quelques reprises dans son véhicule. Même si ce n'était que pour retrouver ailleurs de la chansonnette québécoise à l'eau de rose.

 

J'ignore où les directeurs de programmes ont la tête dans ces stations, particuliè­rement ceux qui ont affaire avec les émissions musicales (et c'est à croire qu'il n’y a que ça). Mais ce que je sais, c'est qu'ils ne risquent pas de mourir noyés dans les eaux de leur imagination tellement ils font tout pareil.

 

Et en écoutant cette merde, me voilà tout de suite tombé dans les bras de Morphée avec l'impression que la vie n'est qu'un gros camion qui me passe sur le corps avec tant de plaisir que j'en perds (ouïe mon épaisseur), de quoi penser par-devers moi-même que c'est moi qui ait le gros bout du bâton et non pas tous ces directeurs de programmes à la con. Et bombardé de chansons québécoises de toutes sortes dont on ne sait pas trop quoi faire parce qu'en elles la pertinence ne saute pas toujours aux yeux.

 

Je veux bien croire que sous le prétexte de la francophonie à tout prix, il est possible de justifier n'importe quoi, mais il y a de saprées limites à mêler le pichon au cruchon. Même Marie-Hélène Thibert a toujours quelques bons mots québécois rien que pour dire aux ti-culs que nous sommes que les chansons québécoises (et les tartistes qui la font) sont les meilleures du monde! Tant il est vrai qu'on a beau éjaculer sur ce qui fait que la chanson québécoise est la chanson québécoise, Madame D et les enfants québécois de ça ne sauraient jamais être très forts du cabochon, à peine les consommateurs d'une musique que Ima elle-même, avec ses airs de minette et ses minauderies kétaines, n'arrive qu'à rendre encore plus dérisoire.

 

Ce qui réussit probablement en grande partie à expliquer que Madame D. soit basse de plafond et que ce qu’elle réussit à ânonner comme une cégepienne recalée trois ans de suite aux mêmes examens, ne vaut pas un pet-de-nonne. Une manière de Boubou qui n'aurait jamais commencé à tourner, sauf autour d’elle-même, c'est-à-dire du vide absolu. C'est à se demander comment autant d'insignifiance mélassieuse a pu se rendre jusqu'au théâtre et trouver en plus le moyen d'être choisi pour faire partie de la troupe de théâtre Les Grands Enfants.

 

Et pensez à cette diva de toutes les divas, (Madame D.), qui ayant aiguisé tout le pointu de son personnage en parlant des rôles qu’elle pourrait y jouer, à croire qu'elle va finir par tous les jouer elle-même tant le génie dont les dieux l'ont gréée lui sort de partout, ce qui ne laisse plus beaucoup de place pour les autres, sinon de la condescendance. Est-ce que quelqu'un ne pourrai pas la chatouiller pour qu'elle redescende un brin ?

 

Et que dire maintenant de sa famille. Que dire d’un père qui ânonne toujours les mêmes histoires (bien oui, on le sait qu’il a un collègue de travail suisse et qu’il y a encore des villages là-bas qui votent à main levée…) et une mère dont tout ce qu’on peut en savoir c’est qu’elle s’est pété les chevilles en déboulant les escaliers parce que les bras trop chargés de lessive et que ça a fait bien bien mal. Que dire encore d’un beau frère (car de toute ma vie, je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi tartelu que lui), tellement accro à World of Warcraft qu’il ne voit même pas que ses filles sont dans la merde. Une sœur en dépression et un frère raté qui voudrait bien étudier pour devenir soutien informatique mais qui n'a ni le talent ni même la simple capacité de mettre à jour le firmware de son routeur. Encore faudrait-il d'abord qu'il sache ce que c'est qu'un routeur?

 

Et que dire de la maison qui fait office de décor. Pour ainsi dire, la totalité de l'édifice, y compris le garage dans la cour et le terrassement paysager, sont affreusement laid, pareil à un camp de concentration auquel on aurait enlevé les barbelés et les barreaux de fer aux fenêtres et portant l'odieux d'une architecture de cette époque tranquille, où les plein-pieds et l'espace ne comptant pas, on économisait sur tout.

 

Et comment expliquer qu'une jeune famille québécoise toute dorée dans son corps accepte de passer ses journées dans un univers aussi laid que celui de ce quartier gris et éloigné de St-Hubert, devenu Longueuil par la force des fusions ?  C'est la question que je me pose alors qu'assis à la table de la salle à manger en face de Madame D qui se bourre la face de cochonneries, je pense au beau soleil qu'il fait dehors et qui doit manquer à mes deux tartampions de beaux-frères qui jouent à WOW au sous-sol et à une arrière-cour que même les poules de mon défunt grand-père auraient de la misère à vivre avec.

 

Pour moi, il ne pouvait plus y avoir rien d'autre parce que j'étais au bord du gouffre. Mais je me trompais car il me restait encore à observer ces petites bêtes dans leur habitat naturel de Longueuil, et toute cette longue scène qui m'a fait faire un pas en avant, et qui consistait à hurler de rire pendant dix minutes : « Je suis capable d’apporter les beignes! » C'était très mauvais, bien sûr, parce que quand on est pauvre et bas de plafond, le cul vole bas, dans des mots que boursouflent la cellulite d'une pensée qui, pour être obèse, n'en finit pas d'être dégonflée.

 

Mais que l'année aurait été longue pour l’intellectuel que je suis à raison de deux fins de semaine par mois, dieux de tous les ciels !

 

Mais reste que malgré tout, j’aimerais voir une telle parodie portée au théâtre ! Car, maintenant que vous possédez cette information de base, imaginez tout ce que vous pouvez et forcez-vous pour descen­dre bien bas dans la kétainerie. Ce ne serait pas le désert d’idées, mais bien pire, c'est-à-dire l'affligeant du vide.

 

Imaginez la chose! Imaginez mon suave ex-beau père, radoubant et rénovant la nouvelle maison de Longueuil, faisant la rencontre de mon ex beau-frère, déguisé en changeur de couches professionnel et roulant en grosse Mazda5! Imaginez toutes les contrepèteries porcines qu'un metteur en scène comme Vigneault pourrait tirer de telles retrouvailles! Et imaginez encore que Madame D arrive dans le décor après un petit détour par l'épicerie comme il se doit, et qu'elle tombe dans les pommes parce qu'elle se rappelle tout à coup que son frère et sa soeur, lorsqu'elle avait cinq ans, lui ont fait d'innocents guilis-guilis dans le fond de la shède à bois! Et imaginez toujours la remémoration, autour de la table de la cuisine devant des hot-dogs sur le BBQ, de ce passé épique!

 

Imaginez ça avec des acteurs qui ne bougent pas comme suspendus au bout du fil (sic), qui se croient au Théâtre des Ancêtres et réagissent à n'importe quelle calembredaine comme s'ils faisaient des réclames publicitaires pour de la pâte à dents ou du hambur­ger! Ce n'est pas sorcier mais, pour paraphraser Gronigo lui-même, absolument cochon Hé ! Hé !, c'est-à-dire tout en rase-mottes. Nos moineaux de Longueuil volent bas, dans la complaisance de leurs mots, parce qu'ils n'ont pas grand-chose à dire, sinon le maigre espace intellectuel où ils se sont confinés à force d’écouter Rock Détente, Star Cacadémie, jouer à WOW ou assister aux shows de Marie-Hélène. Rien que de l'image d'Épinal, toute mince même dans le gras de son épaisseur.

 

Mais le plus étrange, c'est que je ne doute pas que mon ex belle-famille corresponde, sociologiquement et culturellement comme on dit, à un certain paysage québécois qui n'est pas nécessairement celui de tout le Québec. Mais nous devons être nombreux dans ce pays à ne pas vivre grand-chose, c’est à dire à s'aimer dans ce peu-là, puisqu'une pièce de théâtre comme celle que Vigneault nous proposerait atteindrait facilement ses grosseurs et un million de paires d'oreilles et de yeux pour l'entendre et la voir.

 

Ça tient peut-être seulement au fait que mon ex belle-famille, pour n'avoir pas vraiment de substance, n'ont, pas non plus de véritables problèmes, la vie coulant sur eux sans les atteindre, comme s’ils étaient recouverts de plumes de canard. De cette façon, peut-être que les personnages que Gronigo nous proposerait rejoindraient t-il ce qu’il y a de vulnérable en nous, le désir que nous avons parfois de ne vivre que le rêve commun et facile, dans des mots ordinaires et dépouillés de toute véritable pertinence. Comme si le monde n’existait pas, sinon comme vaudeville et représentation du vaudeville. Mais un vaudeville délesté même de ce qu’on y retrouve quand on gratte un peu. C'est-à-dire cette profonde ironie dont il est venu et vers laquelle il retourne quand il n’a pas perdu toutes les pédales de son bécycle.

 

Mon ex belle famille n’en est peut-être pas encore rendue là mais peu s’en faut. Ils n’en sont pas encore à la lettre M de leur abécédaire comique en tout cas. Là, ils découvriraient la sagacité de Marivaux. Ce sera peut-être le prochain chum de Madame D qui leur fera découvrir, une fois la cambuse de Longueuil rénovée !

Par Jeff Gagnon - Publié dans : Vie et société
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